CRÉER MIEUX . CRÉER MOINS . CRÉER ENSEMBLE 

les mots d'anne

et bien évidemment ce ne sont pas les maux d’Anne 😉 … des mots posés entre créations et sororité …

LA PAUSE

ou pourquoi choisir de ralentir ?

Me suis-je déjà arrêtée ?

Depuis mes 20 ans, j’avance.

Un magasin.
Un enfant.
Un deuxième magasin.
Un deuxième enfant.
Une marque italienne.
Une marque espagnole.
Un dépôt de bilan.
Une maison d’hôtes — pour payer le RSI et le découvert.
La suite.
Un troisième enfant.
Une méningo-encéphalite.
Une trahison.
Des séquelles invisibles.
Et des stocks, eux, bien visibles.
Et puis… une rencontre professionnelle magique. Celle qu’on attend toute une vie de créatrice.

Et ça s’enchaîne.

On avance.
On gère.
On dépasse.

Souvent dans l’urgence.

On avance pour tenir.
On avance pour payer la TVA.
On avance parce qu’il faut avancer.

Et sans s’en rendre compte…
on ne s’arrête jamais.

Jamais pour regarder.

Regarder ce qu’on a construit.
Regarder ce qu’on a créé.
Regarder aussi ce qu’on aurait pu faire autrement —
pas pour s’abîmer,
mais pour avancer avec plus de légèreté.

Moi, je ne l’avais jamais fait.

Alors oui, il y a toujours un moment où quelque chose te ralentit.

On croit que c’est ça, le déclencheur.
La fatigue.
La maladie.
Les événements.

Mais en réalité… non.

Ça ne crée pas la pause.
Ça la révèle.

Parce qu’au fond, elle était déjà là.
Je ne m’écoutais simplement pas.

Alors je me suis arrêtée.

Mais pas n’importe où.

Parce que s’arrêter au mauvais endroit,
c’est recommencer pareil.

Les mêmes réflexes.
Les mêmes automatismes.
Les mêmes résultats.

Si tu continues tout pareil,
il t’arrivera tout pareil.

Alors j’ai choisi.

J’ai choisi où poser cette pause.

Et je suis revenue ici.

Avec vous.
Dans ce lieu des Copines de souliers.

Parce que c’est là où je me sens le mieux.
Là où je suis la plus juste.
Là où je peux vraiment me retrouver.

Et c’est là que j’ai compris quelque chose d’essentiel.

Pendant que moi je cherchais,
vous, vous n’avez jamais douté.

Vous avez continué à croire.
À m’envoyer de la force.
De la bienveillance.
Et même de la légèreté.

Vous avez gardé cette confiance.

Et moi, je suis venue la retrouver auprès de vous.

C’est ici que j’ai pu, enfin, regarder.

Pas une suite d’urgences.
Mais une histoire.

Une épopée.

Et comprendre que ce chemin,
je peux encore en choisir la direction.

Pas pour devenir quelqu’un d’autre.

Mais pour me sentir alignée.

Alignée… à moi.

Parce que tant que tu ne ressens pas cet alignement à l’intérieur,
tu ne peux pas vraiment comprendre ce que c’est.

Et le jour où tu le touches…
il y a quelque chose de simple qui arrive.

De léger.

Comme si tout devenait enfin à sa place.

Avec toute mon affection,

Souliérement

Anne

Un mécanisme ordinaire

“Je dédie cet essai à ceux qui ont compris…
et qui ne peuvent plus décomprendre”.

Qu’est-ce qui peut transformer un fait banal fait en chaos ?

Le mensonge.

Mais le mensonge n’arrive jamais seul.
Il a besoin d’un terrain.
Ce terrain, c’est la lâcheté.

Et la lâcheté, elle-même, se nourrit d’une chose très simple :
le déni de ses propres actes.

Ce refus d’assumer ce que l’on fait,
ce que l’on provoque,
ce que l’on engage.

Alors on déplace.
On ajuste.
On reformule.

Non pas pour comprendre,
mais pour éviter de nommer.

Alors on en fabrique une raison,
bâtie presque toujours à partir de l’autre,
ou sur le cul de l’autre 😉 c’est plus parlant.

Ce mécanisme est ancien.
Il a traversé les générations,
parce qu’il reposait sur une chose :
que quelqu’un, en face, accepte de porter ce qui ne lui appartient pas.

Mais cela évolue…

Les femmes qui arrivent ne réparent plus le flou.
Enfin moins que nous et nos mères 😉

Elles le voient.

Elles ne déplacent plus la réalité pour maintenir une cohérence.
Elles la nomment.

Et c’est précisément là que le mécanisme se fissure.

Non pas parce qu’il disparaît,
mais parce qu’il ne fonctionne plus.

Alors vivez.
Trompez-vous.
Tombez.
Relevez-vous.
Apprenez.

Mais assumez.

Le chaos ne vient jamais du fait.
Il vient de tout ce qu’on construit pour ne pas l’assumer.

Étape suivante

Le doute n’arrive pas seul.
Il est introduit.

Pas comme une attaque,
mais comme une possibilité.

« Tu es sûre ? »

La question paraît saine.
Elle ne l’est pas toujours.

Parce qu’elle ne cherche pas une réponse,
elle ouvre une faille.

Et une fois la faille ouverte,
tout devient révisable :

ce que tu as vu,
ce que tu as entendu,
ce que tu as compris.

Tu ne défends plus ta réalité,
tu la vérifies.

Encore, et encore,
jusqu’à épuisement.

Et pendant que tu vérifies,
le mécanisme avance.

Le doute n’est pas un problème,
sauf quand il t’éloigne de ce que tu sais déjà.

Étape suivante…

Une fois le doute installé,
il faut le stabiliser.

Alors on inverse.

Ce qui était évident devient discutable,
ce qui était discutable devient évident.

Ce qui dérange devient ton problème,
et ce qui a provoqué disparaît.

Tu ne regardes plus dans la bonne direction.

Tu regardes en toi,
pas pour te comprendre,
mais pour te corriger.

Et c’est là que le basculement est complet.

Tu ne cherches plus la vérité,
tu cherches à être acceptable.

Étape suivante…

Le discrédit ne s’impose pas,
il s’installe.

Par petites touches.

Un mot,
un regard,
une remarque.

Rien de suffisamment fort pour être dénoncé,
mais assez répété pour être intégré.

Alors tu ajustes.

Tu parles moins,
tu expliques mieux,
tu doutes plus.

Jusqu’à ce que ta propre parole perde de sa valeur.

Pas pour les autres.

Pour toi.

Et à partir de là,
le mécanisme n’a même plus besoin d’être alimenté.

Tu fais le travail toute seule.

Fin…

Pouvoir poser ce mécanisme est une chance…

De le voir.
De le comprendre.
De mettre des mots dessus….

Parfois jeune, on pouvait y arriver.

Parfois sans même s’en rendre compte.

Parfois simplement parce que c’était là, autour de nous.

Culturel.
Familial.
Transmis sans intention.

Et longtemps, on fait avec.

On s’adapte.
On compose.

Jusqu’au moment où quelque chose change.

On ne répare plus le flou.
On le voit.

On ne déplace plus la réalité pour que ça tienne.
On la laisse être.

Et ça, c’est un vrai basculement.

Pas spectaculaire,
mais irréversible 😉

Vivez.
Tombez.
Apprenez.

Et essayez de tenter d’arriver à garder cette capacité à voir clair,
sans avoir besoin de tordre le réel.

Parce qu’au fond,
c’est peut-être ça, le vrai luxe.

Anne 😉